Représentant le Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, Dr Kalil Aïssata KEITA a procédé, le jeudi 25 juin 2026 à Kindia, au lancement officiel de la retraite de réflexion consacrée au transfert effectif des compétences et des ressources aux collectivités territoriales. Organisée dans le cadre de la mise en œuvre de la Lettre de Politique Nationale de Décentralisation et de Développement Local (LPNDDL), cette rencontre de quatre jours réunit les principaux acteurs institutionnels et experts afin d’identifier des solutions concrètes pour renforcer la gouvernance locale et faire de la décentralisation un levier essentiel de la mise en œuvre du Programme Simandou 2040.

Mais aucune transformation nationale ne peut réussir durablement si elle demeure
exclusivement pensée depuis la capitale.
Le développement ne descend pas toujours de Conakry vers les territoires.>>
Distingués invités, en vos rangs, titres, tout protocole respectueusement respecté,
C’est avec un réel honneur, mais surtout avec un profond sentiment de responsabilité, que je
prends la parole ce matin au nom de Monsieur le Ministre de l’Administration du Territoire et
de la Décentralisation pour procéder au lancement officiel de cette retraite de réflexion
consacrée à une question qui constitue sans doute l’un des piliers de la réforme de l’État en
Guinée : le transfert effectif des compétences et des ressources aux collectivités
décentralisées.
Permettez-moi, avant toute chose, de vous transmettre les chaleureuses salutations de Monsieur le Ministre, qui aurait souhaité être personnellement parmi vous, mais dont les obligations républicaines l’ont retenu ailleurs. Il m’a chargé de vous exprimer toute l’importance qu’il accorde à cette rencontre ainsi que ses encouragements les plus sincères pour la qualité des
travaux que vous allez conduire.

Mesdames et Messieurs,
On dit souvent que l’histoire des États est jalonnée de grandes réformes. Mais il existe une vérité moins souvent rappelée : les réformes ne changent réellement un pays que lorsqu’elles cessent d’être des textes pour devenir des pratiques.
La politique de décentralisation conduite sous l’autorité de Monsieur le Ministre Ibrahima Kalil CONDÉ traduit précisément cette ambition : faire évoluer la décentralisation d’un cadre essentiellement normatif vers une réforme pleinement opérationnelle, au service des collectivités décentralisées et du développement local.
Depuis plusieurs décennies, notre pays n’a cessé d’affirmer sa volonté de rapprocher
l’administration des citoyens.
Les textes se sont succédé.
Les institutions se sont renforcées.
Les collectivités décentralisées ont progressivement trouvé leur place dans notre architecture institutionnelle.
Le Code révisé des collectivités locales, la Constitution, les nombreuses réformes engagées par le Gouvernement, puis plus récemment la Lettre de Politique Nationale de Décentralisation et de Développement Local ont progressivement construit un édifice juridique particulièrement
ambitieux. Autrement dit, la Guinée ne souffre pas aujourd’hui d’une absence de vision.
Elle ne souffre pas davantage d’une insuffisance de fondements juridiques.
Notre véritable défi est ailleurs.
Notre défi est celui de l’effectivité.
Car chacun ici le sait : une compétence transférée sans ressources demeure une compétence théorique.
Une responsabilité sans moyens devient rapidement une source de frustrations.
Et une collectivité à laquelle on demande beaucoup sans lui donner les instruments nécessaires finit inévitablement par être jugée sur ce qu’elle ne pouvait matériellement pas accomplir.
C’est précisément autour de cette problématique que nous sommes réunis aujourd’hui, à l’heureuse initiative de Madame la Secrétaire Exécutive de la Lettre de Politique Nationale de
Décentralisation et de Développement Local. Qu’il me soit permis de lui rendre un hommage mérité en saluant, au nom de Monsieur le Ministre, la qualité de son leadership, la constance de son engagement et les efforts soutenus qu’elle déploie, avec l’ensemble de son équipe, pour la mise en œuvre effective des objectifs de la Lettre de Politique Nationale de Décentralisation et de Développement Local (LPN-DDL) et du renforcement de la gouvernance locale dans
notre pays.
Mesdames et Messieurs,
Le thème retenu pour cette retraite est particulièrement révélateur : « Accélérer le transfert effectif des compétences et des ressources aux collectivités décentralisées pour une gouvernance locale performante au service de la mise en œuvre du Programme Simandou
2040 ».
Ce thème n’est pas un simple intitulé académique. Il traduit une orientation politique majeure.
Le Programme Simandou 2040 ouvre à notre pays des perspectives historiques.
Mais aucune transformation nationale ne peut réussir durablement si elle demeure
exclusivement pensée depuis la capitale.
Le développement ne descend pas toujours de Conakry vers les territoires.
Il naît aussi des territoires eux-mêmes.
Chaque région,
Chaque préfecture.
Chaque commune.
Chaque district.
Chaque citoyen.
Autrement dit, la réussite de Simandou 2040 passera aussi par la réussite de notre
décentralisation.
Les territoires ne doivent plus être considérés comme les bénéficiaires du développement.
Ils doivent en devenir les acteurs.
Cette retraite intervient donc à un moment particulièrement opportun.
Son ambition n’est pas de réécrire la loi.
Encore moins d’inventer de nouvelles compétences.
Les Termes de Référence sont très clairs sur ce point : il s’agit de rechercher les conditions
permettant de rendre effectifs les transferts déjà prévus par notre droit en vigueur.
Autrement dit, nous ne sommes pas réunis pour produire un document supplémentaire destiné
à enrichir les bibliothèques administratives.
Nous sommes réunis pour produire une feuille de route capable de transformer la réalité
administrative.
La nuance est essentielle.
Mesdames et Messieurs,
Une règle juridique qui ne peut être exécutée n’est plus véritablement une règle d’action.
Elle devient un simple souhait.
Notre responsabilité collective consiste précisément à faire en sorte que les compétences
prévues par les textes deviennent des compétences réellement exercées.
Que les budgets suivent les responsabilités.
Que les ressources humaines accompagnent les missions.
Que les équipements accompagnent les transferts.
Bref, que le droit rencontre enfin la réalité.
J’aimerais également partager avec vous une réflexion plus personnelle.
Dans notre administration, nous avons parfois une étrange habitude.
Lorsqu’un problème persiste, notre premier réflexe consiste souvent à créer une nouvelle
commission.
Puis une sous-commission.
Puis un comité de suivi de la commission.
Je vous rassure immédiatement…
Cette retraite n’a pas vocation à produire une nouvelle structure.
Elle doit produire des solutions.
Je crois que chacun ici partage cette conviction.
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais également saluer l’intelligence de la méthodologie retenue.
Autour de cette table sont réunis Monsieur le Conseiller de la Primature, des représentants des ministères sectoriels, des personnes ressources ayant exercé d’importantes responsabilités ainsi
que des experts reconnus.
Autrement dit, Madame la Secrétaire Exécutive a su réunir autour d’une même table les principaux acteurs de la décentralisation : ceux qui conçoivent les politiques publiques, ceux
qui en assurent le financement, ceux qui les mettent en œuvre au quotidien et ceux qui, forts de leur expérience de terrain, en connaissent les réussites comme les limites. Une telle diversité
d’expertises constitue une richesse exceptionnelle et offre les meilleures garanties pour des échanges féconds et l’élaboration de recommandations à la fois pertinentes, consensuelles et
opérationnelles.
Il serait difficile d’imaginer une meilleure combinaison d’expériences.
Profitons-en pleinement.
Je forme également le vœu que ces quatre jours soient marqués par la franchise.
La franchise n’est pas l’ennemie de l’administration.
Elle est au contraire la condition de son amélioration.
N’ayons donc pas peur d’identifier les blocages.
N’ayons pas peur de reconnaître ce qui fonctionne moins bien.
Les diagnostics les plus utiles sont souvent ceux qui dérangent un peu.
À condition qu’ils débouchent sur des solutions.
Mesdames et Messieurs,
Le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation demeure pleinement engagé dans cette réforme.
Sous la haute impulsion de Son Excellence le Président de la République, Chef de l’État, Monsieur Mamadi DOUMBOUYA, et sous la conduite éclairée du Premier Ministre,
Monsieur Amadou Oury BAH, le Ministère de l’Administration du Territoire et de la
Décentralisation poursuivra résolument sa mission de coordination, d’impulsion,
d’accompagnement et de suivi des réformes, afin que la décentralisation cesse d’être une ambition portée par les textes pour devenir une réalité tangible, vécue au quotidien par nos collectivités décentralisées et perceptible dans l’amélioration des conditions de vie de nos
concitoyens.
Nous savons que les attentes sont nombreuses.
Nous savons aussi que les défis sont considérables.
Mais nous savons surtout qu’aucune réforme d’envergure n’a jamais réussi sans une volonté
collective.
Cette volonté existe.
Elle est dans cette salle.
Elle est dans les institutions que vous représentez.
Elle est dans la détermination de l’État.
Et elle est dans l’espérance légitime des populations.
J’ose croire qu’au terme de cette retraite, nous aurons démontré que cette volonté demeure parfaitement actuelle.
Les meilleures solutions ne viendront pas d’une seule institution.
Elles naîtront de notre intelligence collective.
Elles naîtront du dialogue.
Elles naîtront de la confiance.
Et surtout, elles naîtront de notre volonté commune de construire une décentralisation plus
efficace, plus responsable et plus proche des citoyens.
C’est tout le sens de cette rencontre.
C’est tout le sens de notre engagement.
C’est tout le sens du service public.
Mesdames et Messieurs,
Je demeure convaincu que les échanges engagés au cours de cette retraite permettront de
franchir une étape décisive dans la consolidation de notre politique de décentralisation. Les
défis sont connus, les attentes sont fortes, mais les compétences réunies dans cette salle nous
autorisent à nourrir les plus grandes espérances quant à la qualité des recommandations qui
seront formulées.
Au nom de Monsieur le Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, je voudrais vous renouveler ses encouragements et ses remerciements pour votre disponibilité ainsi que pour votre engagement au service de cette réforme majeure. Je vous invite à
poursuivre vos travaux avec le même esprit d’ouverture, de responsabilité et d’innovation, afin que les conclusions de cette retraite constituent une véritable feuille de route pour l’accélération du transfert effectif des compétences et des ressources aux collectivités territoriales, au bénéfice du développement harmonieux de nos territoires et du bien-être de nos populations.
Je vous remercie de votre aimable attention.